Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Du côté de ma Drôme

Silence! Fernandel tourne au pays des santons!

Autant être honnête dès le départ, je n’ai jamais été une grande passionnée de santons. La faute peut-être à ce magasin dans ma ville natale, qui faisait l’angle de la rue de mon école et devant lequel je passais tous les jours. Il y avait là, sur une étagère poussiéreuse, quelques santons aussi dynamiques qu’un tournesol un jour de pluie, qui attendaient désespérément un acheteur qui ne venait jamais. Je me souviens du menuisier animé qui rabotait toute la journée le même morceau de bois, le regard perdu au loin et qui en disait long. A ses côtés, une petite mamie voûtée en robe provençale portait je ne sais plus quel chargement, mais à voir sa mine décomposée, ce devait être à minima tous les malheurs du monde. C’est là que j’ai commencé à me dire que c’était vraiment déprimant une vie de santon.

Mais ça, c’était avant. Avant que je ne rentre pour la première fois dans «Le Village Provençal Miniature», quelques mois après son ouverture. Je parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître alors, en fait, on ne va pas trop en parler de ce temps-là, car tout ça ne nous rajeunit pas. Bref, passons, car ce n’est pas le sujet.

Il y a donc environ 25 ans, un village tout entier se construisait à la sortie de Grignan, avec vue sur le château de la Marquise. Un village magnifique, tout en pierres, avec une jolie mairie et une petite école, des places avec des belles fontaines autour desquelles se sont installés des commerçants. Un village qui en 70 maisons et plus d’un millier de personnages, humains ou animaux, permettait le temps d’un regard de replonger au début du siècle. Ici Monsieur le Maire admire la fanfare communale ; là, le boucher prépare le rôti du dimanche pour sa cliente ; le boulanger s’active devant le four à pain, tandis qu’un peu plus loin dans la rue principale s’installe les producteurs pour le marché ; un couple de petits vieux se dispute le journal du jour ; des enfants font la ronde ; des mariés se réjouissent de leur bonheur ; une belle gitane danse aux sons des guitares manouches ; un santonnier fabrique des santons…

C’est dans cet espace de 1000 m2 que j’ai découvert qu’un santon pouvait être vraiment beau. Et vraiment heureux. Et vraiment vivant. Car oui, ici ils le sont tous, vivants. De par leurs expressions, de par leurs sourires, et de par la mise en scène toute en minutie et en détails. Pour un peu, on irait bien s’asseoir à la terrasse de ce bistrot pour partager un pastis avec la bande de copains en train de refaire le monde ; ou s’allonger dans l’herbe au bord de ce lac, aux côtés de ce pêcheur ; ou encore suivre les lavandières en plein ramassage de ce petit brin de fleur bleue emblématique de la Drôme Provençale. Avant de retourner faire la sieste au bord du lac bien sûr !

Depuis, je retourne régulièrement dire bonjour à ces si sympathiques personnages. Et aussi parce qu’il se passe toujours quelque chose de nouveau dans ce petit village. D’ailleurs, en ce moment, il y a des caméras qui rôdent. Il y a une chaise de cinéma avec un nom bien connu inscrit dessus : Marcel Pagnol. Car oui, depuis le mois de mai et jusqu’à fin septembre, silence… on tourne au pays des santons ! Et dans le casting, il y a un acteur emblématique de la Provence, de l’accent qui chante et des histoires de clochers comme on en raffole, Fernandel. Fernandel et son sourire unique. Fernandel et ses rôles les plus célèbres.

Fernandel en tournage dans la Drôme, cela n’est pas une première. L’acteur a entre autres tourné à Montélimar dans les années 54-55 (*), et entre deux claps, s’est même offert quelques descentes en ski dans la station drômoise du Col du Rousset. Mais ceci est une autre histoire. Et cet après-midi là, dans le «Village Provençal Miniature», j’ai préféré écouter celles qui m’étaient contées par les emblématiques personnages qu’a interprété le comédien et par tous les villageois, ces figurants miniatures en réalité seuls vrais acteurs toujours en vie d’une époque qui renait à travers leur présence si attachante. C’est beau une vie de santon !

G.V.

(*) "Le Printemps, l'Automne et l'Amour" (Voir la vidéo et lire ci-dessous).

"Heureux qui comme Ulysse", de Henri Colpi, 1970.

"Heureux qui comme Ulysse", de Henri Colpi, 1970.

"La grande bagarre de Don Camillo", de Carmine Gallone, 1955, 5ème volet (sur 6) des aventures de Don Camillo.

"La grande bagarre de Don Camillo", de Carmine Gallone, 1955, 5ème volet (sur 6) des aventures de Don Camillo.

"L'auberge rouge", de Claude Autant-Lara, 1951.

"L'auberge rouge", de Claude Autant-Lara, 1951.

"La vache et le prisonnier", de Henri Verneuil, 1959.

"La vache et le prisonnier", de Henri Verneuil, 1959.

"Ali Baba et les 40 voleurs", de Jacques Becker, 1954.

"Ali Baba et les 40 voleurs", de Jacques Becker, 1954.

***

Pour en savoir plus :

- sur le Village Provençal Miniature > http://www.village-miniature.fr/

- Sur la tradition des Santons, un petit livre très bien fait, en vente au "Village Provençal Miniature" > "L'origine des Santons, de la Judée à la Provence", Ed. Ouest-France.

- Sur Grignan > http://www.ville-grignan.fr/

- Office de tourisme de Grignan > http://www.tourisme-paysdegrignan.com/

L'exposition "Pagnol, Fernandel et les autres" est visible jusqu'au vendredi 30 septembre. Puis ce sont les "crèches du monde" qui s'installeront dans le village, de fin novembre 2016 à fin février 2017. A nouveau, une exposition temporaire à ne pas manquer avec plus de 200 crèches, certaines venues d'Afrique ou du Pérou.

Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)
Regardez les vivre! (Photos G.V.)

Regardez les vivre! (Photos G.V.)

Entre novembre 1954 et janvier 1955, Fernandel tourne à Montélimar "Le Printemps, l'Automne et l'Amour", sous la direction de Gilles Grangier, réalisateur entre autres de "La cuisine au beurre". Il y interprète un nougatier, Fernand Sarrasin, "Noël" pour les intimes, la cinquantaine, qui sauve de la noyade une jeune fille d'à peine une vingtaine d'années, Cécilia, orpheline. Et il en tombe bien évidemment amoureux, et décide de l'épouser. Mais tout n'est pas si tendre au pays du nougat! Le film n'est pas très flatteur pour Montélimar, décrite comme une petite ville provinciale où règnent ragots et jalousies... Mais il en faut plus pour Fernand Sarrasin, bien décidé à vivre sa belle histoire. Sorti au cinéma le 12 avril 1955, peu connu, ce film est pourtant rempli de répliques aussi croustillantes que du nougat noir et Fernandel y est très attachant. Les scènes ont principalement été tournées dans la fabrique de nougats Chabert & Guillot, à la gare de Montélimar, dans le parc, sur la place de la Mairie ou à la terrasse de l'actuel restaurant "Les Négociants". Dans cette scène, Fernand/"Noël" demande Cécilia en mariage... à sa façon, tout en images et métaphores!

Silence! Fernandel tourne au pays des santons!

Partager cet article

Repost0

Commenter cet article